Vie de foi

L’hospitalité revisitée

Annie a un don d’hospitalité incroyable. Lorsqu’elle prépare le repas, elle pense toujours à celui ou à celle qui pourrait se joindre à elle et bénéficier à la fois d’un repas chaud et d’un peu de chaleur humaine. Même lorsqu’elle a des invités, il y a toujours une place supplémentaire à sa table – « la place du pauvre » comme on disait dans le temps. Annie sait accueillir toutes les personnes que le Seigneur met sur sa route. Son hospitalité et sa générosité m’ont profondément marqué et je suis persuadée qu’elle a aussi impacté la vie de nombreuses autres personnes. Pourtant, force est de constater que tout le monde n’est pas une Annie. Son exemple peut être à la fois stimulant parce que réel, et décourageant parce qu’il place la barre trop haut.

Exercer l’hospitalité sans pression

Comment exercer l’hospitalité si nous ne sommes pas aussi flexibles et aussi à l’aise à la cuisine et avec les gens ? Comment faire si nous n’avons que peu de temps et que nos circonstances de vie ne nous permettent pas d’accueillir de cette manière-là ? A force d’envisager l’hospitalité uniquement sous sa forme royale, certains de nous finissent par croire que l’hospitalité n’est pas leur « truc » et qu’elle ne les concerne pas. Soyons honnêtes, peu de nous ont les capacités d’Annie. Heureusement l’encouragement que Paul adresse à l’Église de Rome de s’accueillir « les uns les autres comme le Christ nous a accueillis » (Rm 15.7) s’adresse à tous et à toutes. Cela peut prendre différentes formes.

Plaidoyer pour une hospitalité réaliste

L’hospitalité doit être redéfinie pour devenir plus tangible, plus concrète, et surtout… plus réaliste. Même si les repas sont de toute évidence un des lieux de choix – le signe même laissé par Jésus à ses disciples pour qu’ils se souviennent de la communion avec lui !- d’autres moments peuvent êtres vecteurs d’hospitalité. Saisir ces instants est à la portée de tous, peu importe les circonstances.  «  Il  y a plusieurs membres mais un seul corps », nous rappelle Paul (1 Co 12)! Les Annies sont précieuses, mais il faut aussi des Simon, des Déborah, des Mickaël et des (insère ton prénom) pour que les chrétiens forment un peuple accueillant à l’image de l’accueil de Christ. Chacun a sa place dans cet appel : petits et grands ! D’ailleurs, les enfants ont souvent beaucoup à nous apprendre en la matière sur un accueil simple, confiant et dénué de tout jugement.

S’attendre à exercer l’hospitalité

Michele Hershberger, une enseignante et auteure américaine, a voulu plonger dans la pratique et mieux comprendre ce qui était au centre de l’hospitalité. Elle s’est engagée avec 40 autres personnes, des hommes et des femmes.

Leur mission? Prier chaque matin pour que Dieu leur donne une opportunité d’exercer l’hospitalité dans la journée.

Chaque personne a tenu un journal et l’a partagé avec les autres. Cette expérience, pourtant tournée vers l’accueil de l’autre a profondément transformé les hôtes eux-mêmes. En effet, lorsque le matin débute dans l’anticipation et l’attente de ce que Dieu veut accomplir, cela change la perspective et l’attention que l’on porte aux autres tout au long de la journée. Lorsque l’occasion d’exercer l’hospitalité- c’est-à-dire d’accueillir l’autre- se présentait, les participants offraient le meilleur d’eux-mêmes : un sourire, un mot d’encouragement, un repas partagé, un service rendu. Ces petits gestes du quotidien ne sont pas anodins, ils indiquent une ouverture à l’autre dans un monde qui tourne essentiellement autour de soi.

Ouvrir son cœur est une manière d’ouvrir sa porte, de faire place à l’autre. Tout devient possible quand les cœurs sont disposés à faire la volonté de Dieu.

L’hospitalité, un appel à transformer son regard

En réalité, l’hospitalité n’est pas un gadget supplémentaire dans le couteau suisse d’une vie chrétienne. Ce n’est pas un don que certains ont et d’autres pas, mais un appel qui transforme  le regard de celui ou celle qui l’exerce. Dit autrement, l’hospitalité est essentielle à la vie chrétienne parce qu’elle transforme les chrétiens en ce qu’ils sont appelés à être. Une vie d’hospitalité réoriente le regard de ceux qui la vivent : Elle ancre dans la dépendance à Dieu et dans l’attente de ce qu’il veut accomplir à travers nous au quotidien. Mais plus encore, elle change le regard que l’on porte sur la personne qui croise notre route, sur « le prochain », sur l’étranger. Au final, cela change aussi le regard que nous portons sur nous-même et sur nos biens. L’hospitalité est à la croisée des chemins de notre foi et elle en est un élément structurant.

Marthe à l’école de Jésus

Je crois que c’est précisément ce que Marthe, qui accueille Jésus avec sa sœur Marie (Luc 10.38-41), devait apprendre : lorsqu’on accueille, la personne accueillie doit être au centre. L’histoire de Marthe et Marie est souvent citée pour souligner l’opposition entre l’action (Marthe) et la contemplation (Marie). Tous ceux qui accueillent des visiteurs dans leur foyer savent que cela nécessite du travail. Lorsqu’on lit les paroles de Jésus qui dit que Marie a choisi la meilleure part en s’asseyant aux pieds de Jésus, beaucoup de personnes -principalement les femmes- lèvent les yeux au ciel en soupirant. C’est vrai, recevoir des invités implique une charge de travail et « quelqu’un doit bien le faire ».

Cependant, ce qui est reproché à Marthe n’est pas son action. L’histoire des deux sœurs suit la parabole du bon samaritain où Jésus  insiste justement sur le fait qu’il ne suffit pas d’être pieux pour « aimer son prochain ». Le samaritain est très actif : il s’arrête, il panse, il emmène, il pourvoit aux besoins. Il ne se contente pas d’être dans la contemplation comme d’autres qui passaient par là. Jésus le reconnaît : il y a des besoins très concrets et le samaritain a fait ce qui était juste.

Si ce n’est pas l’ardeur à la tâche qui est reprochée à Marthe, quel est donc le problème ? Marthe était tellement affairée qu’elle passait à côté de son hôte. Alors qu’il est censé être au centre, elle est tellement affairée qu’elle ne le voit plus. Pourtant Marthe gagnerait à prêter attention à Jésus à double titre : il est son hôte… et il est son Dieu. Quand nous accueillons quelqu’un dans le cours de nos journées chargées ne perdons pas de vue la personne que nous accueillons, parce que lui Jésus, ne nous a jamais perdu de vue.

Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueilli, pour la gloire de Dieu. (Rm 15.7)

Pour un accueil enraciné

En étant enracinés dans l’accueil de Dieu, nous découvrons le chemin de l’accueil de l’autre. Un chemin engageant qui nous mène de Dieu à notre prochain, et parfois  même plus loin, jusqu’à notre ennemi. C’est le centre d’une hospitalité profondément enracinée dans la foi. Alors, comme se termine ce verset de l’épitre aux Romains, ceci sera « pour la gloire de Dieu. » Partageons donc généreusement nos biens et attendons-nous à des surprises !

« Certains, sans le savoir ont accueilli des anges ». (He 13.2)

Marie-Noëlle Yoder est enseignante en théologie pratique et en éthique au centre de formation du Bienenberg (Suisse). Elle est administratrice du blog servirensemble.com. Elle est aussi mère de famille et thérapeute familiale et conjugale.

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