Quotidien Vie de foi

Entre puissance et impuissance faire face à la crise avec espérance

L’humanité traverse une crise. « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » dirait l’ecclésiaste.  Ce n’est pas la première et ce ne sera pas la dernière. Nombreux sont ceux et celles qui ont assisté à la fin de leur « monde » à travers l’histoire. Pourtant, force est de constater qu’une crise vécue de l’intérieur ne peut s’appréhender par un froid constat. La crise retourne le monde. Cette crise retourne notre monde. Elle en questionne les fondements sociétaux et interroge les systèmes en place. Elle vient à la fois titiller les puissances et susciter un sentiment d’impuissance. En effet, comme l’explicite si bien le double signe chinois qui forme le mot « crise » : elle est à la fois danger et opportunité.

Un monde incertain

La crise est menaçante et redistribue les cartes du pouvoir entre les grandes puissances mondiales car leur puissance économique et de prestige sont en lice. L’enjeu est planétaire : qui tirera son épingle du jeu et qui sera laissé sur le bas-côté ? Non sans surprise, Trump répète inlassablement côté américain que le virus est « chinois » en cherchant à se distancier du malheur du moment alors que la Chine se place stratégiquement comme contrôlant l’épidémie. La course au vaccin elle aussi est lancée… Alors que les grandes puissances s’affrontent, elles se heurtent toutes à des enjeux de taille : la question climatique se fait pressante et l’économie de marché est lourdement entravée. L’élaboration d’un vaccin est urgente, mais la réponse sera-t-elle encore adaptée si le virus continue à muter ? Ou devra-t-il être annuel comme pour celui de la grippe ? Il est pour l’heure difficile de dire comment l’Europe relèvera les nombreux défis qui s’imposent à elle sur le plan sanitaire et financier. Les puissances s’agitent frénétiquement mais la présence prolongée de ce tout petit virus révèle leur impuissance du moment.

Sur un plan plus personnel, nous étions aussi habitués davantage de maîtrise du destin et d’insouciance, de puissance pourrait-on dire ici. Alors que tous ceux qui en avaient les moyens pouvaient se déplacer librement en France et à travers le monde et qu’il était possible de se réunir librement et sans craintes, des limites majeures ont dû être intégrées pour empêcher la propagation du virus. Les habitudes du quotidien ont dû entre revisitées et adaptées pour enrayer la recrudescence de la pandémie dans un équilibre toujours précaire. Une question essentielle est posée :

« Comment continuer à vivre ensemble tout en nous préservant et en préservant les autres ? »

Au quotidien, la plupart d’entre nous prenons certains risques tout en en évitant d’autres, en espérant que tout ira bien. De nombreuses personnes sont angoissées au quotidien : peur de manquer, peur de l’insécurité, peur de la solitude, peur de souffrir, peur de sa propre mort ou de celle de ses proches. Le monde occidental s’est retrouvé dépassé par l’ampleur de la première vague épidémique malgré ses dispositifs de préventions et son accès aux technologies modernes, ses connaissances médicales et le savoir-faire à disposition. Sa puissance était insuffisante. Impuissance.

De quoi sera fait le monde de demain ? Nul ne le sait à l’heure actuelle et il serait présomptueux de trop s’avancer. L’impuissance laisse des traces et parmi elles, la difficulté à contrôler et à anticiper. Il est difficile de faire sens d’un système en constante évolution. Sur le plan personnel et institutionnel aussi, il est compliqué de se projeter dans l’avenir sans savoir de quoi il sera fait et quels seront alors les possibles. Les uns penchent vers le caractère dangereux de cette incertitude et cessent toutes prévisions. Les autres discernent les nombreuses opportunités de cette redistribution des cartes et s’engagent dans des voies créatrices et plus risqués. Mais est-ce là tout ce qu’il y a à en dire ? N’est-ce au fond qu’une question de tempérament ?

Interroger nos catégories

L’Évangile fraye un chemin bienfaisant dans un monde sens-dessus-dessous en revisitant les catégories de puissance et d’impuissance. Qui sont les forts ? Qui sont les faibles ? Qui sont les puissants ? Qui sont les impuissants ? La figure de Jésus peut être évoquée dans un tel contexte et contribuer à trouver un sens dans cette interpellation. Selon l’Évangile, Dieu Lui-même vient intervient dans notre bonne vieille terre dans l’impuissance caractérisée d’un nouveau-né. Ce que pour lui représente le Messie Jésus déclenche les foudres du puissant Hérode. Quand il enseigne que celui qui veut être le plus grand doit être serviteur, il se dépouille de toute puissance. Quand il se baisse pour laver les pieds de ses disciples, il renonce à toute domination. Quand il meurt sur la croix, cloué par l’humanité, il choisit là encore d’habiter son impuissante humanité jusqu’au bout, par amour pour le monde. Cet exemple est interpelant à l’heure où le Covid-19 représente, par effets de ricochets, un danger pour la santé de chacun, pour les institutions, pour l’économie mondiale et pour l’équilibre général du monde. Où est la vraie puissance ? La vraie puissance, celle de Dieu lui-même, s’accomplit dans la faiblesse rappelle l’apôtre Paul. Le cœur de l’Évangile réoriente les regards des croyants vers le lieu-même de l’impuissance, comme source de la puissance véritable suscitée par Dieu. A la peur et l’angoisse du lendemain, l’Évangile oppose l’amour pour Dieu, et l’amour de l’autre.

Le chemin de la foi

De quoi sera fait le monde de demain ? Une crise c’est à la fois du danger et de l’opportunité, mais il serait préjudiciable de passer à côté de l’interpellation véritable : passer à côté de l’essentiel et l’opportunité de saisir et d’ignorer l’interpellation du Jésus le Christ, la véritable puissance. Par grâce, cette crise peut être l’occasion d’une rencontre avec Lui, qui propose sa présence et sa sagesse à ceux qui en manquent. Quand un minuscule virus est capable de mettre le monde sens-dessus-dessous et que les puissances s’agitent de façon frénétique, cela interroge sur le lieu où le monde enracine son espérance. La foi dans le Christ ouvre un chemin dans un monde d’incertitudes. Elle n’est pas conditionnée par l’économie de marché, ni par l’état sanitaire du monde. Elle propose un chemin de foi, d’espérance et d’amour : foi en un Dieu qui tient toutes choses entre ses mains et qui permet d’avancer pas à pas vers l’inconnu de l’avenir ; espérance qui mobilise le croyant vers plus de paix et de justice en particulier pour ceux et celles qui en sont dépourvus ; et amour du prochain qui peut s’exprimer de 1001 manières.

Nul ne sait de quoi sera fait le monde de demain, mais le Christ a assuré un voyage accompagné pour tous ceux et celles qui veulent s’y ouvrir :

« Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps. »

Le Dieu qui a accompagné les crises à répétition que l’humanité a traversé jusque-là saura aussi accompagner celle-ci. Il est celui sur lequel repose le monde de demain et qui suscite la foi, l’espérance et l’amour en, pour et par chacun et chacune.


Article publié dans le journal Réforme juillet 2020

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